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Avion bombardier d’eau · Sécurité civile

Canadair CL-415 : tout savoir sur le Pélican amphibie

Indicatif Pélican, basé à Nîmes-Garons, capable d’écoper 6 137 litres en 12 secondes au ras des vagues. Histoire, anatomie, doctrine de la noria, flotte 2026 et succession : plongée complète dans l’icône de la lutte aérienne française.

7 min de lecture Contenu vérifié — juillet 2026

L’essentiel

  • 12 Canadair CL-415 en flotte, tous basés à Nîmes-Garons, indicatif « Pélican ».
  • Seul avion de série au monde conçu dès l’origine pour la lutte contre les feux de forêt.
  • Écopage de 6 137 litres en 12 secondes sur 410 m de plan d’eau — rotation complète en 8 minutes sur un feu côtier.
  • Doctrine française : la noria de 4 appareils, plus de 25 000 litres délivrés toutes les 10 minutes.
  • Successeur attendu : le DHC-515, 2 exemplaires commandés via RescEU, livraison espérée en 2028.
12
Appareils en flotte
6 137 L
Capacité d’eau
12 sec
Durée d’écopage
359 km/h
Vitesse de pointe

L’histoire d’un mythe québécois

Tout commence dans les années 1960 au Québec, où les feux de la forêt boréale ravagent chaque été des millions d’hectares. Le constructeur canadien Canadair imagine un appareil totalement inédit : un hydravion amphibie capable de remplir ses réservoirs en vol, en écopant sur les innombrables lacs du pays. Le CL-215, premier bombardier d’eau de série au monde, prend l’air en 1967 ; la France, cliente dès 1969, ne quittera plus jamais la famille.

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La famille amphibie Canadair, du CL-215 au CL-415 « Pélican », engagée en France depuis 1969.

Le CL-415, version modernisée à turbopropulseurs et avionique électronique, vole en 1993 et rejoint la Sécurité civile française dès 1995. Trente ans plus tard, il reste l’arme principale du dispositif aérien national — et son remplacement est devenu un sujet de préoccupation parlementaire.

1967

Premier vol du CL-215, ancêtre direct, conçu par Canadair Ltd à Montréal.

1969

La France acquiert ses premiers CL-215 pour la Protection civile, basés à Marignane.

1993

Premier vol du CL-415, version turbopropulsée et modernisée.

1995

Mise en service en France des premiers CL-415, baptisés « Pélican ».

2015

Bombardier arrête la production ; le programme est cédé à Viking Air.

2017

La flotte quitte Marignane pour la base aéronavale de Nîmes-Garons.

2022

De Havilland Canada lance le DHC-515 Firefighter, successeur direct.

2026

Étés sous tension : les 12 Pélicans enchaînent les norias, appuyés pour la première fois par l’A400M en Gironde.

2028

Livraison attendue des deux premiers DHC-515 commandés par la France via RescEU.

Anatomie d’un amphibie de combat

Une coque, pas un fuselage

Le Canadair n’a pas de fuselage cylindrique mais une coque de bateau renforcée, capable de se poser sur l’eau. Elle intègre les quatre réservoirs d’écopage, qui font office de quille hydrodynamique pendant l’amerrissage.

Deux turbopropulseurs Pratt & Whitney

Montés sur l’aile haute, loin des embruns, les deux PW123AF de 2 380 ch entraînent des hélices quadripales. La position haute protège aussi les pales des projections d’eau à l’écopage.

Écopes ventrales escamotables

Sous la coque, deux trappes hydrauliques s’ouvrent à l’écopage : à 130 km/h au ras de la surface, l’eau s’engouffre par effet Venturi dans les réservoirs en 12 secondes.

Flotteurs de stabilisation

Aux extrémités des ailes, deux flotteurs maintiennent l’appareil droit pendant la phase nautique — sans eux, l’avion verserait au premier contact avec une vague.

L’écopage : 12 secondes pour remplir 6 137 litres

C’est la prouesse signature du Pélican. Le pilote approche le plan d’eau à environ 130 km/h, évite lignes électriques, voiliers et bancs de sable, pose délicatement la coque et ouvre les trappes : 12 secondes et 410 mètres plus loin, l’avion redécolle, plein.

L’exercice exige des conditions précises :

  • Plan d’eau d’au moins 250 m de long et 1,80 m de profondeur ;
  • Aucun obstacle aérien dans l’axe ;
  • Mer de force 4 maximum (vagues sous 1,5 m).

Les pilotes connaissent par cœur leurs points d’écopage référencés : étang de Berre, baie de Cassis, lac de Sainte-Croix, baie d’Ajaccio… Sur un feu littoral, la rotation complète — écopage, transit, largage — tombe sous les 8 minutes : aucun autre aéronef au monde ne délivre autant d’eau aussi longtemps près d’une côte.

La doctrine française : la noria de quatre

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Doctrine d’engagement : quatre Canadair en rotation continue au-dessus du foyer.

Dès qu’un départ de feu est détecté, le centre opérationnel de zone peut engager la noria de 4 Canadair : quatre appareils espacés de 90 secondes se relaient au-dessus du foyer — pendant qu’un largue, un écope, un transite, un se positionne. Cadence obtenue : plus de 25 000 litres toutes les dix minutes sur la même zone, de quoi étouffer un feu naissant avant sa phase d’accélération.

Le ballet est réglé depuis l’altitude par un Beechcraft King Air (indicatifs Bengale ou Icare), chef de mission aérien en liaison avec le commandant des opérations de secours au sol.

Caractéristiques techniques détaillées

ConstructeurBombardier Aéronautique (Canada) — programme repris par De Havilland Canada
Premier vol1993
Mise en service en France1995
Équipage2 pilotes
Longueur19,82 m
Envergure28,63 m
Masse maximale au décollage21,4 tonnes
Motorisation2 × turbopropulseurs Pratt & Whitney PW123AF (2 380 ch chacun)
Vitesse de croisière290 km/h
Vitesse maximale359 km/h
Autonomie≈ 2 400 km (sans largage)
Capacité d’eau6 137 L répartis en 4 réservoirs
Vitesse d’écopage≈ 130 km/h
Distance d’écopage≈ 410 m sur eau calme
Plan d’eau minimal250 m de long × 1,80 m de profondeur

La flotte 2026 : douze Pélicans sous tension

La Sécurité civile exploite douze CL-415, tous stationnés à Nîmes-Garons, unique base d’avions de la Sécurité civile. La flotte a compté jusqu’à 15 appareils dans les années 2000 ; l’érosion tient à trois causes :

  1. L’arrêt de la production en 2015, qui interdit de remplacer les cellules perdues ou fatiguées ;
  2. Le vieillissement : les plus anciens dépassent 30 ans, et 2 à 3 appareils sont immobilisés en permanence en maintenance lourde ;
  3. Les pertes opérationnelles, rares mais marquantes (Pélican 36 en Corse en 2019, équipage indemne).

En pointe estivale, la disponibilité réelle oscille entre 8 et 10 appareils. Lors des étés extrêmes, la France sollicite le mécanisme RescEU — et expérimente désormais des renforts inédits comme l’A400M bombardier d’eau, engagé pour la première fois en Gironde en juillet 2026.

Canadair ou Dash 8 ? Deux philosophies complémentaires

Canadair CL-415 « Pélican »

  • Amphibie : écope sur l’eau, sans escale
  • Capacité : 6 137 L par largage
  • Rotation : 8 minutes en bord de mer
  • Vitesse : 290 km/h
  • Idéal pour : feux côtiers et naissants

Dash 8 Q400MR « Milan »

  • Au sol : se recharge sur pélicandrome
  • Capacité : 10 000 L par largage
  • Rotation : 25 minutes minimum
  • Vitesse : 667 km/h
  • Idéal pour : feux loin du littoral, retardant

Et demain ? Le DHC-515, successeur attendu en 2028

Le successeur s’appelle DHC-515 Firefighter, produit par De Havilland Canada après la reprise du programme. Formule amphibie conservée, avionique numérique, moteurs PW127XT plus sobres, capacité portée à environ 7 000 litres : la France en a commandé deux exemplaires fermes via le programme européen RescEU.

Mais le calendrier inquiète : annoncées pour 2026 puis repoussées à 2028, les premières livraisons laissent la flotte actuelle seule en première ligne pendant encore plusieurs saisons. Députés et sénateurs alertent régulièrement sur le risque de rupture capacitaire — l’un des moteurs de l’expérimentation A400M.

Questions fréquentes sur le Canadair

12 secondes seulement, sur environ 410 mètres de roulage à 130 km/h. Une fois plein, il redécolle directement pour aller larguer ses 6 137 litres sur le foyer.
À sa sortie d’usine dans les années 2000, un CL-415 neuf coûtait environ 40 millions d’euros. Son successeur DHC-515 est estimé à plus de 60 millions d’euros par appareil, hors maintenance et formation des équipages.
Trois raisons cumulées : l’arrêt de la production en 2015, le vieillissement de la flotte qui multiplie les immobilisations en maintenance, et quelques pertes opérationnelles. Plusieurs rapports parlementaires alertent sur cette érosion alors que le risque incendie s’accroît.
Non. L’écopage à 130 km/h à quelques mètres de la surface exige une visibilité parfaite : repérage des obstacles, évaluation de l’état de la mer, identification du plan d’eau. Les opérations s’arrêtent au coucher du soleil — seuls certains hélicoptères comme le Super Puma poursuivent la lutte de nuit.
Des pilotes fonctionnaires d’État rattachés à la Direction générale de la Sécurité civile (DGSCGC). Recrutés sur concours, issus de l’aviation civile ou militaire, ils suivent une formation spécifique au pilotage amphibie et au largage de précision.
« Pélican » est l’indicatif radio commun à tous les Canadair de la Sécurité civile, suivi du numéro de l’appareil (Pélican 32, Pélican 42…). Le choix évoque l’oiseau capable de remplir son bec en plongeant — analogie évidente avec l’écopage.
Oui, occasionnellement : sa coque amphibie permet des missions de recherche et sauvetage en mer (SAR), avec amerrissage possible pour récupérer un naufragé. Rare, mais déjà réalisé plusieurs fois en Méditerranée.

Ces moyens, suivez-les en direct.

Avions et hélicoptères en vol, feux en cours, vigilance du jour : les cartes temps réel de Feux de Forêt relient chaque fiche de cet espace à la réalité du terrain. Et si vous êtes témoin d’un départ de feu, appelez le 112 avant tout.